Votre chiffre d'affaires a progressé de plus de 5 % en 2024. Vos équipes travaillent davantage. Vous avez intégré de nouvelles missions, géré plus d'ordonnances, délivré des médicaments toujours plus complexes.
Et pourtant, vous gagnez moins.
Ce n'est pas une impression. C'est un fait documenté, mesuré sur plus de 1 800 officines françaises.
📊 Chiffre clé
En 2024, l'EBE moyen des pharmacies françaises a reculé de 3,8 % pour tomber à 10,1 % du CA — contre 14,9 % au sortir de la pandémie. En valeur absolue : –10 000 € d'EBE perdu en un an, en moyenne, par officine.
Source : Statistiques professionnelles de la pharmacie, édition 2025, réseau CGP (1 853 officines), présentées en mars 2025.
Ce phénomène, les économistes l'appellent l'effet de ciseaux : quand deux courbes évoluent en sens inverse et se croisent. Ici, les charges augmentent plus vite que la marge. Le résultat : une compression progressive de la rentabilité, indépendamment du volume d'activité.
Ce que cela signifie en pratique pour vous : travailler plus pour gagner moins. Et si rien ne change dans la structure de vos coûts, cette tendance ne s'inversera pas d'elle-même.
C'est le moteur principal de l'effet ciseau.
En 2024, deux postes ont tiré les charges vers le haut simultanément :
Sur trois ans, la masse salariale a progressé de +26 % — un rythme sans commune mesure avec la croissance du CA.
📊 Chiffre clé
Entre 2014 et 2024, l'EBE des pharmacies a progressé de 5 % en valeur nominale. Sur la même période, l'inflation cumulée est de 23 %. En euros constants, la rémunération du pharmacien a donc baissé de près de 15 %.
Source : Bastien Legrand, président du réseau CGP, mars 2025.
Ces hausses salariales ne sont pas conjoncturelles. Elles résultent d'une accumulation de facteurs structurels : revalorisation du point conventionnel, montée en compétences des équipes, pression du marché pour attirer des candidats rares. Et depuis novembre 2025, la nouvelle classification des emplois officinaux ajoute une couche supplémentaire : entre +1 200 € et +1 800 € de masse salariale annuelle pour une officine de 5 ETP, charges sociales incluses.
Pendant que les charges grimpent, la marge, elle, se comprime.
En 2024, la marge brute globale moyenne est tombée à 28,3 % du CA HT, contre 29,4 % un an auparavant. Une perte d'un point de marge qui représente, pour une officine à 2,5 millions de CA, environ 27 500 € de marge en moins par rapport à 2023.
📊 Chiffre clé
La marge brute a progressé de 8 200 € en valeur absolue en 2024 — mais les frais de personnel ont, eux, augmenté de 14 700 €. La marge n'a pas suffi à absorber la hausse des charges.
Source : Le Quotidien du Pharmacien, mars 2025, données CGP.
Deux facteurs principaux expliquent cette érosion :
C'est le mécanisme le moins intuitif — et celui que beaucoup de titulaires n'ont pas encore pleinement intégré.
Votre CA augmente. Une partie de cette hausse provient des médicaments à prix élevé (PFHT > 150 €), dont les ventes ont progressé de +13,83 % en 2024. Ces produits représentent désormais 42,1 % du CA en médicaments remboursables.
Le problème : leur taux de marge est d'environ 5 %.
Pendant ce temps, un médicament générique à 8 € peut offrir 25 à 30 % de marge réelle après remises.
📊 Chiffre clé
Dans certaines officines, des médicaments chers représentent 40 % des ventes remboursées mais moins de 10 % de la marge globale. Résultat : le CA augmente, la marge brute en pourcentage recule — mécaniquement.
Source : Extencia, Chiffres clés pharmacies 2025.
L'effet est pervers : plus votre officine délivre de médicaments biologiques ou innovants, plus votre CA est "gonflé" par rapport à votre marge réelle. Un titulaire qui se contente de regarder son CA se berce d'illusions.
L'effet ciseau frappe toutes les officines, mais il est loin d'être uniforme.
Ce sont les petites structures qui subissent la pression la plus forte :
📊 Chiffre clé
20 % des pharmacies françaises présentent aujourd'hui une trésorerie négative. 290 officines ont fermé en 2024 — soit une par jour ouvré, contre 197 en 2019.
Source : USPO — Analyse économique et perspectives 2025.
C'est souvent le gisement d'économies le plus rapide à activer. Mutuelle, prévoyance, assurances bâtiment et responsabilité civile : beaucoup de titulaires paient des contrats individuels souscrits il y a 10 ans, jamais renégociés.
Une mutualisation bien conçue peut réduire la facture de 15 à 25 % tout en améliorant les garanties. Sur une officine de 9 salariés, un témoignage documenté fait état d'une économie de 4 500 €/an dès la première année.
Chaque arrêt maladie non traité correctement est de l'argent laissé sur la table. La subrogation — mécanisme par lequel l'officine maintient le salaire du salarié absent et se fait rembourser directement par la CPAM — est souvent mal suivie ou mal déclarée.
Une gestion rigoureuse des IJSS peut représenter plusieurs milliers d'euros par an selon la taille de l'équipe et le taux d'absentéisme.
Plutôt que d'augmenter la masse salariale brute pour fidéliser, il existe des dispositifs qui bénéficient au salarié sans peser sur vos charges patronales : CE externalisé, intéressement, prime de partage de la valeur (PPV), chèques vacances.
Pour une officine de 6 salariés, un CE externalisé coûte environ 3,30 €/salarié/mois. C'est moins cher qu'une augmentation de 50 € bruts — et souvent bien mieux perçu.
Tous les CA ne se valent pas. Une heure passée à dispenser un médicament à 1 200 € (5 % de marge) vaut moins, en termes de rentabilité, qu'une heure dédiée au conseil en parapharmacie ou aux entretiens pharmaceutiques.
Une part significative du temps du titulaire est absorbée par des tâches administratives qui pourraient être déléguées : gestion des arrêts maladie, suivi des formalités sociales, interface avec l'expert-comptable, organisation des IJSS.
Selon les témoignages recueillis, une officine bien organisée récupère 5 heures par semaine sur ce type de tâches — soit plus d'une journée par mois.
| Indicateur | Comment le calculer | Seuil d'alerte |
|---|---|---|
| Taux d'EBE | EBE ÷ CA HT | < 10 % = tension sérieuse |
| Ratio masse salariale / CA | Frais de personnel ÷ CA HT | > 12 % = déséquilibre |
| Taux de marge brute | Marge brute ÷ CA HT | < 27 % = érosion avancée |
L'effet ciseau n'est pas un accident. C'est la conséquence logique de trois pressions simultanées : charges salariales structurellement en hausse, marge brute en érosion, et CA gonflé par des médicaments peu marginaux.
Aucune de ces tendances ne s'inversera sans action délibérée de votre part. C'est précisément ce que PULCES a été conçu pour faire.
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